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News & Blogs: In Memoriam

Joseph Fischer, digne représentant de l’esprit Ecolint

lundi, 10 février 2020   (0 Comments)
Posted by: Luc Hamzavi
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Pour beaucoup qui liront ces lignes, son nom évoquera simplement le doyen du Secondaire francophone de La Grande Boissière dans les années 1980. Pour ceux qui l’ont côtoyé au quotidien pendant des mois ou des années, Joseph Fischer restera un Homme, un Monsieur.

Joseph Fischer - que ses intimes appelaient Seppi - est arrivé à l’École internationale par hasard, en 1973. Ses convictions l'avaient amené au Togo, loin de la capitale, pour y mettre en pratique ses qualités intellectuelles et manuelles et il y avait rencontré sa femme, Maria-Victoria. A son retour, son profil lui valut d’être engagé par Michel Chinal qui cherchait, pour le campus de La Châtaigneraie, un professeur de mathématiques capable d’enseigner cette matière qui donnait toute sa saveur à la Maturité scientifique : la géométrie descriptive. Là, ses qualités personnelles et professionnelles le firent rapidement remarquer par d’autres et il fut finalement “débauché” par Paul Decorvet qui avait vu en lui le candidat idéal pour le poste de Doyen de l'École secondaire francophone de La Grande Boissière.


La tâche était particulière. Il fallait gérer une unité dont presque tous les cours - français, humanités, mathématiques, sciences - se déroulaient dans le Château, dont les enseignants étaient aussi bien suisses, algérien ou polonais que français détachés de l’Education nationale, et dont les élèves préparaient trois examens finaux différents : le Baccalauréat international, le Baccalauréat français et la Maturité fédérale suisse. Et il fut l’homme de la situation. Calme, méticuleux et patient, attentif aux besoins des élèves comme de son équipe pédagogique, il permettait à chacun de trouver sa place. Peut-être ne pouvait-il y avoir qu’un “vrai Suisse” comme lui pour mener cette tâche à bien, comme Genève et la Suisse étaient le seul endroit capable d’accueillir la Société des Nations, et donc l'École internationale, à la fin de la Première Guerre mondiale.

La concentration de la vie des francophones dans le Château favorisait les contacts et les échanges. Quelques mètres séparaient les salles de classe du bureau du doyen et d’un salon des professeurs qui était rarement vide, Joseph venant lui aussi s’y détendre quand il le pouvait et discuter avec ses enseignants. Lors des conseils de classe, c’est à lui, qui connaissait aussi bien les élèves que les professeurs, que revenait le mot de la fin avant que les participants ne partagent un morceau de fromage, un verre de vin et une part de tiramisù. Mais il ne fait aucun doute que c’est sa présence et surtout, la confiance que chacun plaçait en lui, qui rendait possible et fructueuse la cohabitation entre des personnalités si différentes.



Joseph Fischer semblait indestructible. Grand, en chemise blanche et pantalon gris, il émanait de sa personne une sérénité et une bienveillance que renforçaient l’intensité de son regard et le ton à la fois chaud et grave de sa voix (qui conservait parfois des intonations suisse-allemandes). Pour ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui, son nom était synonyme d’honnêteté et d’écoute. Une image peut-être renforcée par le contraste avec son épouse, enseignante d’espagnol dont le tempérament de pasionaria tranchait avec le sien, même s’ils partageaient sans restriction les mêmes valeurs : le besoin de justice, la foi dans l’être humain et le dévouement aux autres.

En 1993, après vingt années qui ont laissé leur empreinte sur des générations d’enseignants et d’élèves (y compris ceux auxquels il a continué de faire subir les affres de la géométrie descriptive) Joseph Fischer a pris sa retraite et s’est retiré dans son Valais natal, continuant d’y mettre en pratique les mêmes qualités, comme enseignant pour le Centre Suisse-Immigrés Valais ou comme bénévole pour la Main Tendue. Intellectuel, il n’a jamais interrompu son questionnement théologique, mais manuel aussi, il a pu faire la démonstration de ses qualités tout en cultivant son jardin dans lequel ne manquaient pas les abricotiers de rigueur.

Jusqu’au bout, Joseph et Maria-Victoria auront été inséparables. Ils ont partagé les combats, les joies et les peines, et, en particulier, la perte de leur fille Myriam, l’enfant colombienne qu’ils avaient adoptée avec son frère Dominique. Et cet itinéraire ne pourrait se comprendre sans rappeler que Joseph a toujours été un homme de foi, mais un homme qui vivait sa foi sans l’imposer aux autres.

À bien des égards, Joseph Fischer a incarné le miracle de l’Ecolint, capable d’intégrer dans toutes ses composantes les personnes de bonne volonté.

Que la terre lui soit légère.

Joseph Fischer est décédé à Sion le 17 juillet 2019.


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